Alors que le développement international entre dans une nouvelle ère de surveillance accrue et de dynamiques géopolitiques changeantes, les appels à une plus grande transparence et à une confiance renforcée entre les donateurs et les communautés bénéficiaires se font de plus en plus pressants. Du Sommet des Nations Unies sur les ODD de 2023 aux critiques récentes dans les médias grand public, le message est clair : les modèles de développement traditionnels ne tiennent pas leurs promesses. Une nouvelle approche est nécessaire, redéfinissant les rôles des parties prenantes selon le modèle Client-Fournisseur-Payeur.
Ce cadre novateur, proposé par Raphaël Edou, fondateur de Radenamias LLC, vise à réorienter la gestion de projet vers une logique inspirée par le monde des affaires, la qualité de service et la responsabilité envers le client. Comme le souligne Edou : “ Être responsable envers ceux que nous servons n’est pas de la charité ; c’est de la justice. ”
🧩 L'idée centrale : les donateurs sont les payeurs, pas les clients
Traditionnellement, les donateurs financent des projets visant à améliorer les conditions de vie dans les pays du Sud, mais ils exigent rarement une description précise des services fournis, ni le coût par personne dont le problème est censé être résolu.
Le nouveau modèle invite les donateurs à adopter le point de vue d'un payeur : quelqu'un qui finance la résolution de problèmes clairement définis auxquels sont confrontés des individus, des organisations ou des gouvernements. Ce faisant, ils y voient plus clair sur :
– Qui sont exactement les clients ?
– Quels services reçoivent-ils ?
– Comment les services relèvent leurs défis
– Et quels résultats signalent la réussite
Cette approche a été reprise lors de récentes réunions des Nations Unies. Comme le rapporte le New York Times, on constate une demande croissante pour que les agences de développement “ justifient leur existence par l’impact qu’elles produisent, et non par les seuls moyens financiers qu’elles déploient ”.”
📌 Le rapport 2023 de l’OCDE sur la coopération au développement a également souligné la nécessité que les partenariats de développement soient fondés sur le “ respect mutuel, la responsabilité partagée et des résultats tangibles ”.”
Des activités de projet aux services clients
Trop souvent, les propositions de développement privilégient les activités, les ateliers de formation, les visites de terrain et les campagnes de sensibilisation plutôt que des services spécifiques adaptés aux problèmes réels rencontrés par les populations. Le modèle Client-Fournisseur-Payeur renverse cette approche. Il pose la question suivante :
– Quel est le service en question ?
– Qui le reçoit ?
– Quelle est la valeur mesurable pour le client ?
– Quel est le coût par client servi ?
Les analystes de la Banque mondiale ont souligné le décalage entre les dépenses et leur impact. Dans un document de 2022, l'économiste Daniel Rogger écrivait : “ Les projets de développement sont souvent évalués en fonction des moyens mis en œuvre et des résultats obtenus, mais rarement en fonction de l'expérience vécue par les bénéficiaires visés. ”
Ce que cela signifie pour les donateurs
Les donateurs qui adoptent ce modèle pourront :
– Demander des propositions plus claires, basées sur les besoins du client
– Suivre les progrès en fonction de la satisfaction client
– Exiger des comptes de la part des prestataires qui mettent en œuvre
– Mettre en place un financement flexible lié aux résultats
Il ne s'agit pas d'ajouter de la bureaucratie, il s'agit de ajouter de la clarté. Cela aide les donateurs à investir dans ce qui fonctionne et à éliminer ce qui ne fonctionne pas.
Auteur : Raphaël Edou, PDG de Radenamias LLC, lauréat de prix internationaux et ancien ministre de l'Environnement du Bénin.